Présentation des domaines nationaux de Sainte-Hélène

Présentation des domaines nationaux de Sainte-Hélène

vendredi 2 juin 2017

Pièces commémorative 2013 "The Napoleonic Wars"

Lors de mon dernier passage en France, Yves Lorent a eu la gentillesse et la générosité de m’envoyer une pièce commémorative britannique de 2013 représentant Longwood House et une scène de vie de l’Empereur aux Briars.




Paradoxalement, ces pièces commémoratives émises en Angleterre qui ont pour thème Sainte-Hélène sont introuvables sur l’île.



Merci Yves pour cette délicate attention. 

mercredi 31 mai 2017

Il y a deux cents ans.... une armée sur pied, pour intimider la canaille





Texte original recopopié pour les archives du Gouverneur Sir Hudson Lowe

31st May 1816.

We observed that we considered it necessary not to yield too much to the People, nor as if it had been done by fear, that a parliamentary reform we thought one of the most dangerous thing would be consented to – once grant that, We said and God knows how far things may go on perhaps to a revolution.  Perhaps it was necessary that the Habeas Corpus Suspicion Act[1] might be required at a time and also that an army should be kept up for some time in order to indermediate the  canailles but He considered that Suspension as only a topical remedy and one which if used without General remedies which would act upon the constitutional disease might prove repellent  and dangerous by driving the complaint upon noble parts that the only radical remedy would be one which would offer the constitution that is to say relieve the misery that existed – this could only be done by getting a part for our manufacturers and by those who hold the sinecures giving them up.
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Cette page a été utilisée dans « the Voice… » d’O’Meara et traduite en 1822[2] :
[3][J'ai donné à Napoléon la traduction d'une lettre qui a paru dans le Courrier, qu'il m'avait demandée; et, après l'avoir lue, il prétend qu'elle a été écrite par le gouverneur lui-même, et que l'apparente incorrection d'une partie n'est qu'un moyen d'en cacher le véritable auteur.]

Il parla alors longtemps de la situation de l'Angleterre, observant qu'il ne faut pas trop céder à la volonté du peuple, ni lui laisser croire que les concessions qu'on lui fait sont amenées par la crainte; que, peut-être, la suspension de l’habeas corpus serait pour quelque temps une mesure convenable, à l'aide d'une armée sur pied, pour intimider la canaille. «Mais, a-t-il dit, je ne considère cela que comme des topiques qui, si on ne les emploie avec des remèdes généraux, agissent sur la maladie constitutionnelle d'une manière contraire, et  deviennent répercutifs et dangereux, en portant le mal vers les parties nobles. L'Angleterre peut être comparée à un malade dont l'état exige que le cours de la maladie soit détourné par l'usage du mercure. Le seul remède efficace est celui qui attaquera le mal en sa racine ; c'est-à-dire qui fera cesse la misère qui existe. On ne parviendra à cela qu'en procurant un débouché à vos manufactures et en réduisant les dépenses. Dans ce cas, les ministres devront donner eux-mêmes l'exemple du désintéressement, en renonçant aux sinécures, etc.





[1] Wikipédia : L’ordonnance ou mandat d’habeas corpus (en anglais writ of habeas corpus), plus exactement habeas corpus ad subjiciendum et recipiendum, énonce une liberté fondamentale, celle de ne pas être emprisonné sans jugement (contraire de l'arbitraire qui permet d'arrêter n'importe qui sans raison valable). En vertu de ce principe, toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée. Ensuite, elle peut être libérée sous caution, puis amenée dans les jours qui suivent devant un juge.
Ses origines remontent à la Rome antique avec la provocatio, qui en est le précurseur, et son principe moderne naît dans l’Angleterre du Moyen Âge. Depuis, elle a été renforcée et précisée de façon à apporter des garanties réelles et efficaces contre la détention arbitraire par l’Habeas Corpus Act (« la loi d’Habeas Corpus ») de 1679. Devenue un des piliers des libertés publiques anglaises, elle s’applique dans les colonies et reste au xxie siècle présente dans la plupart des pays qui appliquent la common law. Aux États-Unis, elle a valeur constitutionnelle, ne pouvant être suspendue qu’en temps de guerre. En revanche, au Royaume-Uni, elle est restée strictement anglaise, ne s’appliquant ni en Écosse, ni en Irlande du Nord.
[2]  Barry E. O'Meara, Napoléon en exil ou l'écho de Sainte-Hélène, ouvrage contenant les opinions et les réflexions de Napoléon sur les événemens les plus importants de sa vie recueillies par son dernier chirurgien, Imprimerie de Constant-Chantpie, 1822
[3] Texte qui n’apparait pas dans le rapport adressé à Lowe








Lorsque la France Libre rencontre l’exil napoléonien, par Jean Mendelson

À l’occasion des activités liées au bicentenaire de l’arrivée de Napoléon à Sainte-Hélène, Son Excellence l’Ambassadeur, Jean Mendelson était venu à Sainte-Hélène au mois d’octobre 2015 en qualité de représentant du Ministre des Affaires étrangères et du Développement international de la République française.  
À cette occasion, celui qui avait été directeur des Archives du Ministère des Affaires étrangères de 2006 à 2010 s’intéressa au livre d’or des domaines nationaux. Féru d’histoire, il s’arrêta plus longuement sur une page bien particulière.
Lors de notre dernière rencontre à Paris, il nous a présenté ses notes sur cette page qui l’intrigua. Sans son érudition et son immense curiosité, cette analyse m’aurait totalement échappée.
Merci Jean pour cette précieuse étude.



Ce qui attire le plus mon regard, ce sont les pages dans lesquelles la France Libre rencontre l’exil napoléonien. A la date du 15 septembre 1940, je découvre avec émotion les signatures suivantes :
« A. Patou, lieutenant de vaisseau, dissident » ;
« C. Burin des Roziers, lieutenant de vaisseau, Français libre » ;
« J. de Paray, commissaire de 1ère classe, et déserteur »;
« P. Michaut, enseigne de vaisseau, Français libre »;
« G. Delaunay, enseigne de vaisseau, Pour Notre France libre »;
« d’Estienne de Chateauvieux, commandant le 1er groupe marin ».


La date du passage de ce groupe marin, et la définition différente que chacun des signataires se donne, indiquent qu’il doit s’agir de marins parmi les premiers à avoir rallié la France Libre. En tout cas, le premier signataire est sans doute le futur amiral et chef d’état-major de la marine André Patou. Ce dernier se trouvait en effet à Alexandrie au début de l’été 1940, et avait rejoint l’Angleterre et les Forces navales de la France Libre en passant par Le Cap ; il conduira le général de Gaulle en Normandie le 14 juin 1944, et sera fait Compagnon de la Libération ; le second signataire doit être le futur amiral Claude Burin des Roziers ; pour le quatrième, j’ai trouvé trace à Alexandrie, sur le même croiseur Tourville que Patou, d’un enseigne de vaisseau, Pierre Michaut, « mort pour la France » en 1942 dans le Golfe du Mexique à bord du sous-marin Surcouf. Quant à leur commandant, il doit s’agir ni plus ni moins de « celui qui croyait au ciel » immortalisé par Aragon dans La Diane française (La rose et le réséda) aux côtés de « celui qui n’y croyait pas », Gabriel Péri. Car Honoré d’Estienne d’Orves se trouvait, lui aussi, à Alexandrie lors de l’armistice, et il avait choisi de rejoindre la France Libre en adoptant le nom d’une aïeule, Chateauvieux ; dès décembre 1940, il partira en mission en France occupée, sera fait prisonnier le mois suivant et fusillé en août 1941, puis fait Compagnon de la Libération à titre posthume. Tant d’histoires et de symboles se croisent dans ce livre d’or de Sainte-Hélène !



A la même page, je découvre une lettre bouleversante, sur papier libre, adressée à Georges Colin, qui fut l’agent consulaire de France à Sainte-Hélène entre 1919 et 1945. Je la retranscris ci-dessous telle quelle :
« Jamestown, le 3 mai 1942 (on remarque un timbre de la France libre : un V en bleu marine sur fond bleu ciel, un nuage blanc sur la pointe gauche du V, un coq rouge sur sa branche droite).
Cher Monsieur Colin,
Avant de lever l’ancre, je tiens encore à venir vous adresser un remerciement ému pour l’affectueuse, encourageante réception que vous avez su ménager à des Français exilés de leur pays depuis de si longs mois. Grâce à vous, nous avons pu nous retremper dans cette patriotique atmosphère que vous avez su garder autour de Sa tombe. Comme vous et bien d’autres vrais Français de France, nous regrettons que l’on n’ait écouté les Poètes qui eussent voulu qu’on Le laisse ici : Il n’aurait pas subi cette salissure de la sentinelle teutonne à Sa tombe.
Croyez en tout cas que tous à bord nous sommes fiers de faire un peu pour aider à ce que cet ‘’étron germanique’’ soit balayé de notre Paris.
Pardonnez-moi cette audace de style et croyez-moi, avec mon état-major et mon équipage, en toute communauté de foi patriotique avec vous. Je vous serre bien amicalement la main et présente encore mes respects à Madame (signature peu lisible : « le capitaine Carron » (?) ; suivent les signatures de chaque membre de l’équipage du Capo Olmo).


Le Capo Olmo est un navire marchand italien qui a une histoire très particulière. En provenance d’Amérique du Nord chargé de marchandises pour l’Italie, il avait fait escale à Marseille au début de juin 1940, quelques jours avant le fameux « coup de poignard dans le dos », la déclaration de guerre de l’Italie mussolinienne à la France alors envahie par les armées allemandes. Saisi aussitôt par l’autorité maritime du port de Marseille, il fut considéré comme prise de guerre et intégré à un convoi maritime français pour l’Afrique du Nord ; nommé à la tête de ce navire qui n’eut pas même le temps d’être débaptisé, le commandant Vuillemin recruta de nombreux marins - parmi lesquels le futur général Jean Simon, plus tard Grand chancelier de l’Ordre de la Légion d’Honneur, et l’administrateur colonial Pierre Messmer, futur Premier ministre sous la présidence de Georges Pompidou - et, à peine en haute mer, parvint à quitter le convoi pour rejoindre Gibraltar, où il eut toutes les peines du monde à convaincre les autorités britanniques de ne pas saisir ce bâtiment « ennemi », car considéré comme italien. Le Capo Olmo, transformé aux chantiers de Liverpool en un cargo de transports de troupes, fut ainsi le premier bâtiment de la France Libre - sa cargaison, destinée à l’origine à l’Italie, fut vendue et servit aux finances d’une France Libre encore balbutiante - ; il devait sillonner l’Atlantique pendant tout le conflit en échappant jusqu’au bout, par miracle, à la flotte allemande.

Jean Mendelson

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Pour plus de renseignements, à lire la page relatant l'escale dans : 

Honoré d'Estienne d'Orves

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